L’Ethanol une particularité brésilienne entre espoir et contradiction, 2ème partie.

La politique de l’éthanol est actuellement une spécialité brésilienne qui affronte malgré tout diverses contestations.

Tout d’abord, il faut évoquer la question de la déforestation. Depuis maintenant 4 ans que je travaille sur le sujet, le Brésil fait figure de grand méchant avide d’une déforestation au profit de grand lobbys. Or, il n’en est rien. Il n’y a que très peu de champs de canne en Amazonie. Le climat ne s’y prête pas et la majorité des grand lobbys recherche avant tout de grandes plaines. Aujourd’hui, le pays dispose de 851 millions d’hectares de terres (402 millions en surfaces cultivables, 449 millions en forêts [1]). Seulement, 60 millions d’hectares sont utilisés sur les 402. Il reste donc au Brésil 340 millions d’hectares de terres disponibles. Pourquoi aller en Amazonie ?

Le véritable problème n’est pas là. La culture de la canne agit en réalité indirectement ; elle a un effet domino. Les terres qui étaient allouées aux élevages sont désormais déplacées au profit de la culture de la canne mais aussi du soja. Ce sont ces mêmes élevages qu’on retrouve au nord du pays.

Autre inconvénient, le développement des emplois précaires notamment vers les saisonniers et les petits paysans. Depuis quelques années, beaucoup de plantations de canne ont été le théâtre de maltraitance. Certains journaux n’ont pas hésité à parler d’un retour de l’esclavage. Les paysans sont payés une misère (400 reais par  mois) et travaillent dans des conditions exécrables [2]. Face aux reproches, les grand lobbys ont décidé de généraliser la mécanisation au détriment des travailleurs, ce qui entraînera inéluctablement une hausse du chômage.

Enfin, le Brésil a plusieurs fois été critiqué dans son choix politique. La politique de l’éthanol favoriserait la faim ” Produire du sucre pour les moteurs des voitures et non pour l’homme ”. Cette problématique  discutée en 2007 à l’ONU a même poussé Jean Ziegler d’accuser les pays producteurs d‘éthanol de « crime contre l’humanité ». La réponse Brésilienne ne s’est  pas fait attendre par la voix de l’ancien ministre des affaires étrangères Celso Amorim « l’éthanol c’est comme le cholestérol il y a le bon et le mauvais ». Amorim fait ici référence aux Etats Unis : premier producteur d’éthanol mondial. Le Géant Américain a basé sa production d’éthanol sur le maïs ce qui a entraîné une augmentation accrue des prix mondiaux et a provoqué  la crise de la tortilla au Mexique en 2007.

Le Brésil a su faire front  de ces critiques pour continuer à développer son programme énergétique. Ainsi, l’éthanol produit va provenir prochainement  de sous-produits de la canne*, c’est à dire de résidus, tiges, fibres qui n’entrent pas dans l’alimentation ( biomasse lignocellulosique). Ce sont ceux qu’on appelle les biocarburants de « seconde génération ». L’impact environnemental sera dès lors moins important.

Le Brésil est donc prêt là où d’autres pays n’ont encore rien entrepris . La politique de l’alcool menée dans les années 70 a permis au pays de se doter d’équipements de haute pointe. L’agriculture du XXIème siècle fait face à un nouveau contexte :

-       Hausse des prix de l’énergie fossile

-       Utilisation de nouvelles énergies propres (réduction de GES)

-       Meilleure protection de l’éco système

Si le Brésil a encore énormément de progrès à réaliser, il est certain que ce dernier a déjà une position bien avancée comparée à certains pays européens développés…


[1] Hervé Théry, le Brésil et le monde, « Relations Internationales du Brésil, les chemins de la puissance ». Volume 1 Représentations globales. L’Harmattan, 02/11.

[2] Ce sont les « boias frias » (les gamelles froides). Leur nom leur vient des déjeuners (boias, en argot) qu’ils emportent avec eux en partant tôt de la maison, conservés dans des récipients sans isolant thermique et qui deviennent froids au moment de la manger.

* Les sous produit de canne sont utilisés actuellement pour produire de l’électricité au sein des raffineries.

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